Patrimoine, les passeurs de mémoire

Rembrandt (1606-1669) "La ronde de nuit" .
Rembrandt (1606-1669) “La ronde de nuit” .

« Andrée, pourquoi vous intéressez-vous au Patrimoine ? »

[NDLR : Andrée Déranlot est la fondatrice et présidente du Club HEPAT (Histoire et Patrimoine, Arts et Techniques) et ancienne présidente d’Aquitaine Historique.]

Vaste question, qui engendre de multiples réponses ! La mienne pourrait se résumer en une phrase : « C’est l’intérêt pour l’Histoire et l’Histoire de l’Art qui m’ont amenée à me préoccuper du Patrimoine ». Cet intérêt a surgi lorsque j’étais en classe de quatrième et ne m’a pas quittée. Chaque mois, une conférencière du musée du Louvre venait présenter des peintres : Rembrandt, de La Tour, Greuze, Le Greco et bien d’autres…Grâce à elle, j’ai pu pénétrer dans un monde dont on parlait peu au collège. Quand on connait et qu’on apprécie, le désir de transmettre vient spontanément. C’est pour cela que j’ai créé une association dont le but est de faire connaitre l’Histoire et le Patrimoine, les Arts et les Techniques (club HEPAT).

L’enfant au gilet rouge de Greuze (1725-1805)

Celui qui pénètre dans le monde de l’Histoire est obligé de prendre en considération non seulement les hommes qui l’ont marquée, le génie propre à chaque peuple, l’organisation des sociétés, leurs représentations artistiques et les courants philosophiques ou religieux qui les ont inspirés, mais aussi les connaissances scientifiques et les moyens techniques disponibles à chaque époque. Ensuite, tout en gardant ce sous-bassement global nécessaire, chacun pourra éprouver une attirance pour un aspect particulier.

 

 

 

 

 

Pour comprendre les enchaînements de l’Histoire, différentes méthodes existent mais la plus facile, me semble-t-il, consiste à observer les réalisations humaines matérielles ou immatérielles ; il s’agit alors de ce qui est considéré comme notre patrimoine (petit ou grand, peu importe). Ce patrimoine, c’est celui que nous ont légué les générations précédentes mais c’est aussi celui qui se crée actuellement, qu’il s’agisse des constructions de Le Corbusier ou de Jean Nouvel, d’un chai ultra moderne ou du laser mégajoule, d’une peinture de Dali ou des graffitis actuels.

Les techniques du tonnelier

Lorsque j’apprécie un écrit littéraire ou philosophique, j’éprouve le besoin d’en parler, de le partager, d’en discuter. De même, lorsque je suis devant une église romane, toute concentrée sur elle-même, dont les modillons sculptés sont à la fois enseignements et moqueries, lorsque je pénètre dans une cathédrale gothique avec les jeux de lumière de ses vitraux, lorsque je parcours une tonnellerie moderne qui allie les gestes anciens et les techniques les plus performantes, d’emblée je ressens le besoin de partager mes connaissances et mon ressenti, sachant évidemment que chacun réagira selon sa propre sensibilité.En même temps, toujours sous-jacent, le souci de la préservation de ce patrimoine s’impose. Il faut que les générations suivantes puissent découvrir ses divers aspects et surtout les comprendre. Comprendre ce qu’a voulu exprimer l’artisan à travers la matière qu’il a façonnée ; comprendre pourquoi l’architecte a choisi tel matériau, quel sens il a donné à la structure qu’il a conçue ; comprendre, même de façon succincte, les technologies actuelles afin de mieux appréhender notre monde quotidien.

 

Élaborer une sortie demande un gros travail en amont : approfondir des connaissances, reconnaître les lieux, échanger avec les maires, les habitants, les personnes concernées. C’est un véritable enrichissement personnel que j’apprécie énormément. Le but d’une sortie est alors de transmettre, dans une ambiance détendue, des connaissances, des émotions, par le biais de guides ou de conteurs souvent remarquables. Mais il existe aussi des personnes qui sont émouvantes par leur implication : celui qui s’est fortement endetté pour ressusciter un château en partant d’un amas de pierres, celle qui attire des artistes dans la petite église du village afin d’obtenir les moyens financiers pour la restaurer, celui qui s’est donné pour but de remettre en état une abbaye complètement délabrée… Les échanges avec ces passionnés sont d’une valeur inestimable.

Andrée Deranlot un regard sur le patrimoine

Lorsque je vois les participants captivés par le discours de ces passeurs de mémoire ou que j’entends leurs exclamations devant des découvertes inattendues, je me dis que la transmission du savoir s’effectue et que c’est une forme de sauvegarde du patrimoine, en même temps que mon moment de bonheur personnel !
Andrée Déranlot

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